R·F Studio

L'Image Eclaire


Exposition à la Galerie Michel Rein

L’image éclaire

LUX, LUCIS, f, 1 siècle avant J.C., CICERO (Cicéron)

éclat n. m : vive lumière émanant d'un corps brillant

clarté n. f : lumière largement répandue

lumière, 1 n. f : ce qui éclaire

lumière, 2 n. f : ce qui permet de comprendre


La pièce de Ramy Fischler « fait de la lumière » dans tous les sens du terme, en ce qu’elle en développe et réunit toutes les significations originelles : corps luminescent ; clarté elle-même ; ce qui donne de l’éclairage, au sens pratique comme au sens métaphorique.

Quand Alain Fleischer l’a invité à intervenir au Fresnoy, Ramy Fischler lui a proposé de travailler sur la relation entre le monde de l’industrie du luminaire et celui du cinéma, de produire un « film qui serve à éclairer », et de rapprocher ainsi le monde du cinéma et le monde du design. Le design consiste à anticiper, observer des usages et leur donner des formes, en essayant d’être à l’avant-garde des questions et des usages de demain, voire de les inventer ; selon lui, le design implique intrinsèquement un rapport cinématographique au réel, puisqu’il s’agit de créer des histoires, d’anticiper l’avenir. Ce sont deux arts de l’industrie, dont un autre point commun est d’octroyer une place centrale à la narration.

Le cinéma, il y a peu, était associé aux projecteurs et à la pellicule. L’éclairage, aux ampoules à filaments.  Aujourd’hui, cinéma et éclairage utilisent la même technologie, et les mêmes modes opérationnels. Les diodes électroluminescentes sont devenues la règle dans les deux domaines. Ces mondes ont donc une vie « industrielle » commune et continuent cependant à mener des vies quotidiennes parallèles. Ramy Fischler a eu envie de fusionner ces univers.

« Dans le même temps, comme nous traversons une époque qui, de plus en plus, tend à raconter des histoires, j’avais envie de raconter une histoire avec de l’éclairage, et d’utiliser le cinéma comme un luminaire. »

Narration, images, cinéma, lumière... « L’idée, c’est que, demain, nous puissions autant nous faire éclairer par de l’image en mouvement que par de l’éclairage. » En exploitant l’éventail des ressources ouvert par les nouveaux outils domotiques, le designer opère une extension de la fonction première du luminaire à la possibilité d’en faire le moteur d’expériences, où tout est possible : créer des séquences du soir, des séquences du matin, moduler ses couleurs, le faire interagir avec son environnement, etc.  Mettre en acte la puissance narrative de la lumière.

Par ailleurs, le designer a articulé ce projet à un sujet qui l’occupe dans la plupart de ses recherches : l’objet connecté, qu’il considère comme l’avenir du monde industriel. Les objets connectés sont par définition à rebours de l’obsolescence, puisqu’ils évoluent, se régénèrent, s’adaptent à leurs utilisateurs, s’enrichissent de nouvelles informations, de nouveaux logiciels. Mais leur avenir et leur place dans notre quotidien reste à définir, à questionner.  

L’image éclaire est ainsi née aux entrelacs de trois mondes - luminaire, cinéma, objet connecté - comme une réponse aux questions-gigognes : qu’est-ce qu’un film connecté, un film en temps réel qui ne s’arrête jamais ? Un luminaire connecté au monde du cinéma et au temps réel ? Qu’est-ce que créer une lumière par le cinéma en temps réel ?

Une préoccupation accompagne Ramy Fischler dans tout processus de création : c’est une chose d’utiliser la nouvelle technologie, mais il convient avant tout de penser la façon de l’utiliser, d’y porter toujours un regard critique. Une caméra, un smartphone, ou tout autre objet de cette typologie, apparaît de prime abord comme un outil de liberté, mais chacun sait qu’il peut aussi se renverser en outil de surveillance, d’oppression, de guerre.

Derrière la technologie, il y a la réalité : des guerres de territoire pour les minerais précieux dont sont issues les composantes de nos objets connectés, à une forme d’esclavage contemporain. Le seul fait d’utiliser ces nouvelles technologies mettant en branle tous ces engrenages, a fortiori, les fabriquer conduit à se situer dans un rapport inconfortable, ambigu, paradoxal à l’humanité.

Les images que Ramy Fischler a choisi de filmer pour ces écrans-luminaires traitent métaphoriquement de cette problématique qui l’anime, l’exploitation d’une partie de l’humanité par le monde de la technologie. De la servitude contemporaine, du travail, de la douleur, de l’épuisement...

A l’image, ce sont des gens qui nous éclairent, de l’autre bout du monde.

Une situation tout à fait vraisemblable, bien qu’absurde.

Mais une situation tout à fait vraie : des gens nous éclairent, au sens figuré, depuis l’autre bout du monde, en assurant le fonctionnement de nos services quotidiens, de la téléphonie aux réseaux sociaux.

La technologie n’existe pas de manière intrinsèque ; en toile de fond, il y a l’humanité.


La Parfumerie Hermès - New-York


En collaboration avec l'agence RDAI
Photographies : Franck Oudeman

RF Studio signe en collaboration avec l'agence RDAI la première boutique de parfums pour Hermès. Situé au coeur du nouveau quartier luxe de Financial District à Manhattan, le lieu, inauguré en septembre 2015, est dédié à la collection de parfums de la célèbre Maison. 

Au sein de cette bibliothèque de senteurs créée par Hermès, l'espace, habillé de bois, de béton et de marbre, reflète parfaitement le classicisme et le raffinement de la marque, tout en mettant l'accent sur sa modernité. 


Panorama 17


Techniquement Douce, au Fresnoy

Je me définis habituellement comme un créateur industriel, mais l'industrie d’aujourd'hui n’est, elle, pas simple à définir, ni à appréhender, dans un monde où les machines de production comme les objets se dématérialisent, où les usages et les modèles économiques se globalisent. Un monde qui semble toujours plus plein, qui s’épuise, mais qui appelle pourtant sans cesse à se renouveler, à se redéfinir, à se reconstruire, autrement. C’est ce monde, que certains ont appelé « post industriel », qui alimente ma démarche et mes productions.

Qu’il s’agisse de concevoir un objet artisanal, une exposition, un produit industriel ou une interface virtuelle, c’est toujours pour moi une nouvelle occasion de m’immiscer dans un territoire, de l’observer, d’épuiser le sujet et ses possibles, et d’établir une synergie collective, dont la teneur et la tournure comptera autant que le résultat final, voire plus encore. Car l’échange d’idée, la recherche et l'expérimentation, que nécessite toute innovation, font autant vivre et évoluer les créateurs que les industriels ou les scientifiques qui collaborent de plus en plus à leur réalisation. Le designer se trouve bien souvent à cette place la plus propice pour initier des rencontres inédites entre les acteurs de mondes qui ne se côtoient généralement pas. Ce croisement des savoirs, des idées -qui reste, dans ma pratique, le seul outil inaltérable- me permet de découvrir et d’appréhender des techniques et des problématiques, elles, en constante mutation. Ce qui me rapproche du Fresnoy, c’est la volonté et l’aptitude à décloisonner les univers de la création. Chercher à connaitre, à interagir, à dialoguer avec les mondes qui nous entourent. Virtuels ou matériels -et de plus en plus les deux à la fois- nos créations, nos projets, sont dépendants des techniques, et des technologies, sans lesquelles nous ne pourrions les mettre en œuvre, qui évoluent constamment, et qui parfois nous dépassent.

Pourtant, ces outils numériques, ces technologies mutantes, sont autant de paramètres qu'il nous faut aujourd'hui connaitre, comprendre, apprivoiser, mais aussi questionner, détourner, déplacer dans d'autres contextes, pour d'autres usages. Mon approche relève essentiellement de ce double regard sur mon environnement, à la fois intérieur, en tant qu’utilisateur, qu’usager, qu’acteur, et extérieur, en tant qu’observateur critique de ce qui semble être, ou peut devenir, une problématique. La surveillance numérique, les sciences du sommeil, les instruments de musique électronique, ou les technologies de prototypages rapides, sont quelques exemples de phénomènes d’actualité dans lesquels je me suis investi ces dernières années, aux côtés de chercheurs, de médecins, d’ingénieurs, de programmateurs, d’industriels, d’éclairagistes ou de compositeurs.

L’expérimentation de la lumière est néanmoins une constante dans mes projets d’espaces comme d’objets. Car les technologies d’éclairage connaissent un essor croissant, tant en terme de puissance que de miniaturisation des composants. Avec le déclin des ampoules à filaments, et l'émergence des technologies à basse consommation, la lumière domestique prend une nouvelle dimension fonctionnelle et esthétique. Le pilotage à distance se démocratise, et les attentes du plus grand nombre évoluent. La lumière n’est plus seulement synonyme d’éclairage : sa capacité à moduler les couleurs, à interagir avec l’environnement, m’amène à redéfinir le luminaire de demain, et à l’imaginer comme une interface, narrative, tel un écran de cinéma. Pour reprendre la belle expression d’Alain Fleischer, « Un cinéma éclairant le monde ». Peut-être serait-ce ainsi que je nommerais le point de départ de ma recherche au Fresnoy.

Nouveau Concept Store de Fenêtre sur Cour – Lieu dédié à l’art de la table et au mobilier

Ce premier projet de RF Studio au Maroc est né d’une rencontre entre l'univers de Ramy Fischler et la passion pour le design de Ghislaine et Saad Belhaj, les propriétaires du lieu. 

Pour ce concept store, Ramy Fischler a du prendre en considération un certain nombre de codes de la population marocaine, notamment la façon dont elle aime être accueillie. Par le fantasme, le bon sens et l’écoute, Ramy Fischler parvient à capter l’essence de ce qui pourrait faire la différence des lieux qu’il conçoit. Pour Fenêtre sur Cour, Ramy Fischler a mit en œuvre plusieurs formes de typologies de l’espace permettant aux clients de s’installer partout et d’observer, depuis diverses fenêtres, des objets mis en scène ensemble ou seuls. L'agencement des lieux est définit par la volonté d'offrir une multiplicité inédite d’ambiances et d’expériences. 

Ramy Fischler a également pensé au large panel de marques et produits proposés par Fenêtre sur Cour. L’exposition de chaque produit a préalablement été pensée afin de garantir au mieux fusion et harmonie, et pour trouver le juste milieu qui permet à chaque objet ou univers de s’exposer par lui-même ainsi qu’à travers les autres. 

L’intention de Fenêtre sur Cour est de développer l’art de vivre au Maroc. Et les propriétaires et Ramy Fischler y parviennent en mettant en application leurs valeurs communes : création, partage et authenticité. Le projet qui nait de cette collaboration est un lieu contemporain, où la fonctionnalité des espaces se lie avec la justesse des matériaux. 

Après l'inauguration de la boutique de Casablanca, l'enseigne Fenêtre sur Cour revoit son concept dans la ville de Rabat. Pour cette seconde boutique, le mobilier apparaît désormais aux cotés de l'univers de l'Art de la table. Ainsi, des marques telles que Christofle et Baccarat côtoient Cassina et Fornasetti.

Pour cette boutique, Ramy Fischler a su une nouvelle fois mettre en avant les notions de proximité, d'élégance et de raffinement chères aux propriétaires du lieu.

Les points de vue sont multiples, les éclairages étudiés, et les objets sont magnifiés sur fond de béton brut et visibles à travers des fenêtres ajourées rappelant les styles Art Déco marocains et internationaux. 

RDL, appartement privé


Photographies : Vincent Leroux

RF studio est une agence de design au sens large créee en 2010 par Ramy Fischler. Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle ENSCI-Les Ateliers, ce designer belge aujourd’hui basé à Paris pratique la création de manière éclectique, du projet de recherche au design industriel, artisanal et prospectif. Partenaire particulier de Patrick Jouin durant près de neuf ans, il a participé au sein de son agence à des projets aussi diversifiés que la conception d’objets d’usages tels que la Pastapot d’Alessi, l'accompagnateur de sommeil Nightcove pour Zyken,la vaisselle pensée pour Thierry Marx et de nombreuses scénographies ou évènements culturels. De leur collaboration sur le spectacle Barbe Bleue pour Lille Capitale de la Culture à la scénographie de l’exposition « Patrick Jouin : La substance du design » au Centre Pompidou en 2010, Ramy Fischler n’a jamais cessé d’appréhender son goût pour la recherche et l’expérimentation.

Sélectionné en 2010 comme pensionnaire de l’Académie de France à Rome, il quitte l’agence Patrick Jouin pour rejoindre la Villa Médicis jusqu’en septembre 2011. En lieu et place de cette institution, il initie une réflexion de fond sur la formalisation du discours d’accueil au sein du lieu mythique (projet de recherche toujours en cours, qui s’étendra à l’analyse d’autres lieux culturels en mutation comme le Palais de Tokyo).

Passionné de mise à distance entre les aménagements et le mobilier, obsédé par le sens, il crée RF STUDIO et réalise aujourd’hui des projets publics et privés, d’objets et d’espaces. Parmi les premiers projets réalisés, la scénographie de l’exposition Poussin et Moïse à la Villa Médicis, la conception de l’espace et des mobiliers du showroom Tai Ping Paris, une collection de tapis « Chinoiseries », des pâtisseries conçues pour le Mandarin Oriental Paris, ainsi que plusieurs aménagements privés en France et à l’étranger.

Aura


Objet connecté pour la table de chevet
www.withings.com

Aura se place sur la table de chevet et enregistre votre environnement nocturne (pollution sonore, température de la chambre et niveau de luminosité), tout en vous proposant des programmes de sons et lumières validés scientifiquement. Connectée sans fil, l'appli vous permet de visualiser vos cycles de sommeil, de comprendre ce qui vous a réveillé et de comparer vos nuits. Vous pouvez à tout moment contrôler vos programmes de réveil et d'endormissement personnalisés depuis la paume de votre main.

Withings Aura est livré avec une application dédiée pour contrôler le système et gérer vos programmes personnalisés. Dans le cadre de l'expérience à 360° de Withings, toutes les données du sommeil sont également disponibles dans l'application web et mobile healthmate.

A partir des données enregistrées Withings Aura est capable de vous fournir des programmes son-et-lumière adaptés à votre propre horloge biologique et d'impacter positivement les conditions de votre sommeil.

La technologie d'éclairage graduel à diodes multicolores optimise la corrélation scientifiquement prouvée qui existe entre les longueurs d'ondes lumineuses et la sécretion de mélatonine, l'hormone responsable des cyles de sommeil-réveil. Les programmes sonores subtils répliquent les fréquences et la structure du cycle cyrcadien. Ils vous relaxent pendant que vous vous endormez et vous stimulent lors de votre éveil.

Aura a gagné le Innovation design & engineering awards lors du CES INTERNATIONAL 2014 

Aura a reçu le prix du meilleur design aux Digital Trends Awards 2015 

Dom Pérignon


Création de l'univers spatial et visuel de P2
Photographies : Arnaud Lajeunie

Panorama 16


Solus Locus, au Fresnoy

Sous-titre de Panorama 16, « Solus Locus » ne fait pas qu’inverser les termes du célèbre livre labyrinthique de Raymond Roussel (Locus Solus) publié en 1914 (…). Elle retourne l’idée d’un lieu unique pour en faire jaillir toute la multiplicité souterraine. Les œuvres sont solitaires, mais le projet est commun. Un écart paradoxal qu’il s’agira d’étayer, à l’image de l’inventeur Martial Canterel, qui, « à l’abri des agitations de Paris », dévoilait, au regard de ses hôtes, des assemblages passionnants, interrogations plastiques muables et ingénieuses montrées in situ le long de ce qui avait tout l’air d’une exposition, sans en porter volontairement le nom. Ces merveilles magnétiques seront bien présentes au Fresnoy à entendre les mots choisis par les artistes eux-mêmes dans leurs discours et leurs notes de travail : mythologies, altérations, métamorphoses, chutes, ondes cérébrales, chamanisme, nombre d’or, hallucinations, morphing, fétiches, présences fantomatiques, bigbang et autres terres utopiques. (…)

Un « Solus Locus » contemporain qui n’est pas négation du monde, mais un regard de biais sur les lignes de tension et de fuite qui le rendent incroyablement complexe, désirable, instable (politiquement / socialement / spirituellement). En somme perpétuellement en devenir.

Scénographie : Ramy Fischler 

Commissariat : Mathieu Orléan  

Cité de la Mode et du Design


Multipurpose spaces

Heterotopia


AD Intérieurs 2013

« Lorsque l’on travaille sur un espace dans son intégralité, en mettant l’accent sur le détail, le récit reste toujours une priorité. Le monde que l’on crée doit à la fin incarner une histoire où l’emplacement de l’hôte joue le rôle le plus important. C’est pourquoi fantasme et réalité ne sont jamais vraiment éloignés dans mon travail. » Ramy Fischler, 2013

L’installation conçue par Ramy Fischler avec ses partenaires est un bureau aux formes minimales et sophistiquées, dont chaque matériau qui le compose défie les règles de l’art comme de la gravité. Le designer prolonge ici une réflexion initiée à la Villa Medicis, sur les formes du pouvoir. Avec l’écrivain Jean-Baptiste Del Amo, il élabore un cadre littéraire duquel s’extrait une pièce singulière, perchée au dernier étage d’une tour insurmontable. Nemrod, son hôte, s’y isole du monde pour méditer sur l’avenir des siens. A mi-cheminentre fiction et réalité, Hétérotopia est une allégorie du droit et de la justice, un espace en tension, composé d’objets qui se soutiennent mutuellement, comme indissociables et à la fois opposés : une table de travail et un triptyque aveugle, deux monolithes de pierre, suspendus l’un et l’autre par le sommet de la tour. On peut apprécier l’équilibre des forces, mais aussi des matières - bois, pierres, fibres et verre - toutes imbriquées pour ne faire qu’un seul et même objet. Cette pièce s’accompagne d’un fond sonore composé et joué par le violoncelliste Sébastien Grandgambe.

Le designer a réuni les partenaires pour une création originale à l’occasion d’AD Intérieurs 2013. La complétude des savoir-faire sert un projet commun, où l’expertise de chacun est valorisée : Tai Ping, la plus célèbre maison de tapis fait main et sur mesure dans le monde, Ateliers de France, spécialiste des métiers d’Art dans le secteur du bâtiment, contribue dans le domaine du minéral, de la menuiserie et de la dorure, Henri, expert en conception et installation de solutions électriques et domotiques, Laval, manufacture de création, conception, réalisation de meubles, et Au Gré du Verre, spécialiste du sablage sur verre.

Hétérotopia

La cité n’avait cessé de croître au fil des siècles et, limitée par les eaux qui l’entouraient et la menaçaient, s’était dressée sur elle-même jusqu’à effacer, à mesure de sa prospérité, l’océan à l’Est et, à l’Ouest, la ligne brune des terres.

Parvenu au dernier étage de la tour, il laissa se refermer derrière lui les portes de l’ascenseur puis se tint un instant immobile. Aucun son ne filtrait plus, le murmure incessant des rues était désormais indécelable et il se laissa envahir par le silence de la pièce. Une émotion intacte gagnait encore son vieux cœur lorsqu’il en franchissait le seuil.

La lumière diffuse teintait le triptyque sur lequel il arrêta son regard à l’instant où rejaillissait en lui une évocation de la triade archaïque, Jupiter, Mars et Quirinus. Il contempla son reflet morcelé, comme il aurait perçu une image de lui à travers les âges, les siècles passés ou ceux à venir, son reflet modelé dans la pierre, ses yeux délavés et ses pupilles de calcédoine. Il se détourna du miroir, fit un pas hors de l’ombre portée du triptyque et le contourna.

Face à lui désormais, une baie découpée à même la structure de la tour, un pan de ciel dégradé dans lequel le soleil masqué par la cité n’avait pas encore tout à fait surgi. Il avait souhaité que la tour fût la plus haute jamais construite, non pour dominer ou asservir la cité, ni pour défier le reste du monde, mais pour lui offrir simplement de conserver ce dont nombre de citoyens avaient perdu jusqu’au souvenir : la ligne d’horizon. Il tint dans la lumière son corps gracile et multiséculaire, comme contourné dans les nœuds d’un bois fossile. Les raies de jour, répercutées et tombées sur ses épaules depuis le haut des tours semblaient le rendre plus gracile encore, à la fois fragile et éternel.

Il laissa son esprit divaguer par-delà la baie vitrée, le long des fines nappes de nuages, bientôt dissipées et il se laissa emporter par le flot intarissable des souvenirs que la pièce ramenait un à un des profondeurs de son ancienne et tortueuse conscience,  saisissant des images où il figurait à tous les âges de sa vie, des instants oubliés mais qu’il reconnaissait pourtant aussitôt qu’ils s’esquissaient à son esprit, des vues de lui, constitutives de l’homme qu’il était aujourd’hui, du bâtisseur qu’il était devenu.

Il était un enfant jouant dans les herbes hautes près d’un lac tandis que sa mère assoupie reposait sur un drap, sous l’ombre mouvante d’un saule. Il était l’étudiant orgueilleux serrant dans son poing son diplôme de fin d’études, ne craignant rien et défiant la vie à venir. Il était le jeune homme fier et tremblant auprès d’une femme alanguie dans une chambre claire au plafond de laquelle tournoyaient les lumières de la ville. Il marchait sur des pierres chauffées par le soleil entre lesquelles jaillissaient des touffes d’herbe tendre. Il était l’architecte et le visionnaire portant ses yeux sur la plaine immense et désolée et faisant le vœu d’y élever une cité nouvelle. La douce chaleur de la pièce, la lumière glissée à l’intérieur par les interstices des murs le propulsaient loin de là, à une époque où il avait construit, entre les branches d’un chêne immense, une cabane de bois où le jour filtrait entre les planches disjointes et touchait son front. Là, dans le bruissement des feuilles, des enfants tenaient des conciles, murmuraient des vœux et des serments, exaltés par leur ferveur et la foi en leurs jeux.

Durant ces jours désormais perdus, il avait rêvé de fonder une ville et, au cœur de celle-ci, d’élever le plus haut des arbres. Il n’était pourtant plus tout à fait certain de la véracité de ses souvenirs. Peut-être avait-il effectivement vécu ces instants, peut-être avaient-ils été vécus par d’autres avant lui : son père, l’architecte, son grand-père, l’aventurier. Leur histoire commune, composée d’une infinité d’instants, l’avait mené jusque-là, de même que la cité, par l’assemblage complexe de ses matériaux, de ses desseins, avait jailli d’une terre plane pour le porter si haut. Quelle somme de mystères, de choix, de hasards, quel équilibre fragile l’avaient élevé au sommet de la tour ?

Il devinait l’espérance palpable qui sourdait dans la ville, la foule des citoyens s’amassant peut-être déjà sur la Grand Place, au pied de la tour. Pour beaucoup, il incarnait le patriarche, le sage parmi les sages, le presque Dieu. Pour d’autres, il savait être l’autocrate, le despote. Mais, fidèles ou détracteurs, tous étaient suspendus à l’attente, les yeux rivés à l’écran d’ordinateur ou au téléviseur. D’autres, la main en visière, scrutaient le dernier étage de la tour comme si devait s’en élever un signe visible, une fumée de conclave.

Il aimait l’idée de ce lieu hors du temps et du grand tourment de l’univers, cette pièce épurée et fidèle où il s’était retrouvé à tant d’heures différentes de sa vie, mais dans laquelle il n’avait jamais été tout à fait le même. Il aimait la constance des objets qui, une fois créés par l’homme, sont indifférents à sa volonté. Ainsi l’avait-il pensée afin qu’elle guide sa conscience à l’heure de la Délibération, comme une image de ce qu’il avait été, de ce qu’il était devenu.

Il toucha le clavier. Sous un soleil de plomb, reflété par le miroitement des buildings, et des profondeurs de la cité, gonfla soudain une clameur qui s’éleva majestueusement et lui sembla être le cri même de la ville.

Nouvelle de Jean-Baptiste Del Amo


Mobilier “Colombie” 2


Table de chevet en chêne et bois laqué

Tapis “Chinoiserie”


Collection conçue lors de la mise en espace de l'Hôtel de Livry
avec Heidi Winge Strom

Collection de tapis « Chinoiseries » éditée par la Maison Tai Ping

La collection Chinoiseries, dessinée en collaboration avec la créatrice textile Heidi Winge Strøm, compte onze tapis hand-tuft en laine et soie. Ramy Fischler, qui s’intéresse au rapprochement culturel entre la France et la Chine au moment de concevoir les nouveaux espaces parisiens de Tai Ping, découvre dans un recueil de dessins orientaux du XVIIIe siècle de Jean-Antoine Fraisse, des détails d’une incroyable force plastique. Les designers développent, par agrandissements, des motifs semi-abstraits qu’ils déploient sur les tapis. 300 ans après l’âge d’or des chinoiseries en Occident, ils instiguent, depuis Paris, un ultime détournement de ces motifs exotiques sur l’ouvrage des manufactures chinoises de la marque. 

Le thème des chinoiseries s’est imposé pour parler de la nouvelle maison Tai Ping, manufacture artisanale d’origine chinoise s’installant dans un hôtel particulier parisien du XVIIIsiècle, l’Hôtel de Livry, au cœur du quartier Saint-Germain-des-Prés. La collection de tapis célèbre cette période inédite de rapprochement entre l’Orient et l’Occident, emblème du croisement des cultures, de la réappropriation créative et générative. Ramy Fischler l’a conçue en travaillant à partir du recueil de magnifiques dessins de Jean-Antoine Fraisse, artiste à la Cour de Chantilly tombé depuis dans l’oubli. Les détails qu’il découvre en étudiant ses aquarelles inspirées des décors de la Chine, des Indes et du Japon, anticipent par moments de deux siècles l’expressionnisme abstrait américain. Remarquant qu’au XVIIIsiècle, la vision cartésienne de l’espace propre aux Lumières avait été bousculée par celle diffusée dans les estampes de l’époque, il propose d’en faire la clef de voûte du projet.

Un nouveau détournement des chinoiseries, sur la même route, 300 ans plus tard

Dans les chinoiseries, tout est question d’interprétation, de fantasmes, de détournement. Jouant de ce procédé, la démarche des designers a consisté en une ultime interprétation de ces dessins du XVIIIesiècles. Ces œuvres hybrides, une fois revisitées, ont prit le chemin de la manufacture de Nanhai et du pistolet à tufter de l’artisan chinois, avant de revenir en France sous forme de tapis en soie et laine. Ils recouvrent aujourd’hui les vieux parquets de l’Hôtel de Livry, telle une fine pellicule de mémoire, sur laquelle murissent chaque jour de nouvelles idées.

Tai Ping, héritage et innovation

La Maison Tai Ping, créée il y a un demi-siècle à Hong Kong, est le premier fabricant mondial de tapis sur-mesure. Fondée dans le but de préserver la tradition ancestrale des tapis faits main et de protéger ainsi une génération d'artisans dont l’avenir était menacé, la marque a aujourd’hui nombre de créations à son actif dans les endroits les plus prestigieux du monde. Dans ses manufactures basées en Chine et en Thaïlande, Tai Ping élabore chaque tapis en respectant précisément les spécifications de ses clients, grâce aux techniques et à une transmission des savoirs et des outils au fil des ans. Les savoir-faire traditionnels de la Maison témoignent d’une rare qualité de conception et de fabrication, notamment pour les tapis faits main qui en constituent le point fort.

Le hand-tuft, révélateur de merveilles graphiques

Ramy Fischler a exploré toutes les techniques que la manufactures Tai Ping maîtrise : axminster, pass-tuft, hand-tuft... Les tapis de la collection Chinoiserie sont principalement hand-tuft, très caractéristique des savoir-faire de la marque, qui a su inventer une méthode de fabrication reprise ensuite tout autour du monde.

À sa création, Tai Ping a fait évoluer les techniques du sur-mesure grâce à la modernisation du « carving » à la main, procédé qui consiste à sculpter les tapis en relief et à créer un dessin original. L’entreprise a su innover en inventant des méthodes de fabrication qui associent l’attachement et la rigueur du travail artisanal à l’attention portée aux nouvelles technologies. En 1958, le jeune employé Anthony Yeh imagine, au sein des manufactures, la technique du pass-tuft, un procédé semi-mécanique permettant, grâce à un pistolet à air comprimé, de produire plus rapidement de la moquette, avec un serrage et une qualité digne du tufté main. Née dans un contexte résolument chinois, cette technique a contribué à la dynamique et l’essor de Tai Ping dans le Hong Kong des années 1960. Aujourd’hui, c’est le trè Collection de tapis « Chinoiseries » éditée par la Maison Tai Ping

La collection Chinoiseries, dessinée en collaboration avec la créatrice textile Heidi Winge Strøm, compte onze tapis hand-tuft en laine et soie.Ramy Fischler, qui s’intéresse au rapprochement culturel entre la France et la Chine au moment de concevoir les nouveaux espaces parisiens de Tai Ping, découvredans un recueil de dessins orientaux duXVIIIe sièclede Jean-Antoine Fraisse,des détails d’une incroyable force plastique. Les designersdéveloppent, par agrandissements, des motifs semi-abstraits qu’ils déploient sur les tapis.300 ans après l’âge d’or des chinoiseries en Occident, ils instiguent, depuis Paris, un ultime détournement de ces motifs exotiques sur l’ouvrage des manufactures chinoises de la marque. 

Le thème des chinoiseries s’est imposé pour parler de la nouvelle maison Tai Ping, manufacture artisanale d’origine chinoise s’installant dans un hôtel particulier parisien du XVIIIsiècle, l’Hôtel de Livry, au cœur du quartier Saint-Germain-des-Prés. La collection de tapis célèbre cette période inédite de rapprochement entre l’Orient et l’Occident, emblème du croisement des cultures, de la réappropriation créative et générative. Ramy Fischler l’a conçue en travaillant à partir du recueil de magnifiques dessins de Jean-Antoine Fraisse, artiste de la Cour de Chantilly tombé depuis dans l’oubli. Les détails qu’il découvre en étudiant ses aquarelles inspirées des décors de la Chine, des Indes et du Japon, anticipent par moments de deux siècles l’expressionnisme abstrait américain. Remarquant qu’au XVIIIsiècle, la vision cartésienne de l’espace propre aux Lumières avait été bousculée par celle diffusée dans les estampes de l’époque, il propose d’en faire la clef de voûte du projet.

Un nouveau détournement des chinoiseries, sur la même route, 300 ans plus tard

Dans les chinoiseries, tout est question d’interprétation, de fantasmes, de détournement. Jouant de ce procédé, la démarche des designers a consisté en une ultime interprétation de ces dessins XVIIIe.Ces œuvres hybrides, une fois revisitées, ont prit le chemin de la manufacture de Nanhai et du pistolet à tufter de l’artisan chinois, avant de revenir en France sous forme de tapis en soie et laine. Ils recouvrent aujourd’hui les vieux parquets de l’Hôtel de Livry, telle une fine pellicule de mémoire, sur laquelle murissent chaque jour de nouvelles idées.

Tai Ping, héritage et innovation

La Maison Tai Ping, créée il y a un demi-siècle à Hong Kong, est le premier fabricant mondial de tapis sur-mesure. Fondée dans le but de préserver la tradition ancestrale des tapis faits main et de protéger ainsi une génération d'artisans dont l’avenir était menacé, la marque a aujourd’hui nombre de créations à son actif dans les endroits les plus prestigieux du monde. Dans ses manufactures basées en Chine et en Thaïlande, Tai Ping élabore chaque tapis en respectant précisément les spécifications de ses clients, grâce aux techniques et à une transmission des savoirs et des outils au fil des ans. Les savoir-faire traditionnels de la Maison témoignent d’une rare qualité de conception et de fabrication, notamment pour les tapis faits main qui en constituent le point fort.

Le hand-tuft, révélateur de merveilles graphiques

Ramy Fischler a exploré toutes les techniques que la manufactures Tai Ping maîtrise : axminster, pass-tuft, hand-tuft... Les tapis de la collection Chinoiserie sont principalement hand-tuft, très caractéristique des savoir-faire de la marque, qui a su inventer une méthode de fabrication reprise ensuite tout autour du monde.

À sa création, Tai Ping a fait évoluer les techniques du sur-mesure grâce à la modernisation du « carving » à la main, procédé qui consiste à sculpter les tapis en relief et à créer un dessin original. L’entreprise a su innover en inventant des méthodes de fabrication qui associent l’attachement et la rigueur du travail artisanal à l’attention portée aux nouvelles technologies. En 1958, le jeune employé Anthony Yeh imagine, au sein des manufactures, la technique du pass-tuft, un procédé semi-mécanique permettant, grâce à un pistolet à air comprimé, de produire plus rapidement de la moquette, avec un serrage et une qualité digne du tufté main. Née dans un contexte résolument chinois, cette technique a contribué à la dynamique et l’essor de Tai Ping dans le Hong Kong des années 1960. Aujourd’hui, c’est le très précis procédé hand-tuft qui permet de révéler dans les tapis de la collection les merveilleuses pépites graphiques des Chinoiseries.


Mobilier “Chinoiseries”


Collection de mobiliers réalisée durant la conception de l’Hôtel de Livry, Paris

Photographies : Hélene Hilaire

Mobilier “Chinoiseries”


Table basse en chêne et bois laqué

Mobilier “Colombie”


Collection de fauteuils, canapés et méridienne

Photographies : Hélène Hilaire

Mobilier “Colombie”


Table laquée et plateaux en marbre

Sarments


Patisseries de Noël conçues et réalisées en collaboration avec Pierre Mathieu,
chef pâtissier de Thierry Marx au Mandarin Oriental, Paris, 2012
Photographies : Mathilde de l’Ecotais

Chariot à champagne


Mobilier sur mesure en bois laqué et inox, réalisé pour le chef Thierry Marx et le sommelier David Biraud

Mobilier Feuilleté


Collection de mobiliers en multiplis de bouleau.

Photographies : Hélene Hilaire

Pichet de bistrot


Collaboration avec la céramiste Valéria Polsinelli dans le cadre des D'Days 2013

C'est l'histoire d'une céramiste et d'un designer qui se retrouvent autour d'un quart de rouge, au bistro du coin. Il faut un sujet, le pichet tombe à point nommé. Il réunit tous les ingrédients d'une bonne rencontre. Du vin certes, mais aussi un pot en terre, bien populaire, qui avec sa forme de tonneau a su s'imposer sur toutes les tables de France et de Navarre. L'exercice est périlleux, mais à la hauteur de la rencontre. Donner un souffle de modernité à un objet qui a traversé le temps si bien que l'on ne remarque plus que ce qu'il contient. Quelques dessins, une maquette en papier, un modèle, un moule en plâtre, des essais, et on l'espère quelques pichets pour fêter dignement les D' Days, au bistrot du coin.

Place de Colombie


Conception de l'aménagement d'intérieur et du mobilier
d'un appartement parisien, 2010-2011
Photographies : Paul Graves et Eric Laignel

L’appartement Place de Colombie est la première incursion de Ramy Fischler dans l’univers de la décoration d’intérieur depuis la création de sa propre agence. Sur ce chantier exceptionnel de 350 m2 dans l’un des prestigieux immeubles Walter à Paris, il a œuvré en tant qu’architecte d’intérieur et a dessiné le mobilier en faisant collaborer tous les métiers de la construction, en fédérant les envies et les défis. L’appartement est le résultat de cette convergence d’idées et de talents rassemblés.

Les arts décoratifs, que le designer considère comme moteur du développement créatif et de l’expérimentation dans un monde où ces notions vitales à son métier sont de plus en plus difficiles à préserver, jouent un rôle essentiel dans l’équilibre et la maturation de son travail.

Les frontières qui séparent les murs du sol, le sol du plafond, le luminaire de la table et la table du tapis, ne sont que la démonstration des barrières qui séparent les métiers, les idées, les savoir-faire. Pour Ramy Fischler, concevoir un appartement ou une maison, c’est en quelque sorte piloter un laboratoire de recherche, dans lequel se croisent et collaborent une multitude de savoir-faire, au service d’une œuvre commune et inédite, bien au-delà d’un simple enjeu esthétique, ou d’une lubie de designer.

Des défis techniques et esthétiques fondus dans un pied-à-terre de prestige, respectueux de son passé

Cité-jardin Art-Déco de grand luxe, classée, les immeubles Walter, dans le XVIe arrondissement de Paris, forment une œuvre à part dans les réalisations de l’architecte Jean Walter, plus connu pour ses habitations sociales et ses hôpitaux. L’appartement se compose de deux étages, d’un jardin et d’une entrée directe sur la rue – privilège unique à cet immeuble, sans doute accordé en raison de la notoriété d’un ancien propriétaire.

Ce pied-à-terre de prestige se devait d’être résolument parisien, respectueux de son passé mais ancré dans son temps et osant l’avant-garde à certains égards. Les boiseries d’époque qui recouvrent les murs du séjour et de la salle à manger ont été restaurées et réinstallées, tout comme le parquet Versailles de la partie avant de l’appartement. Depuis le vestibule jusqu’à la cuisine, chaque espace peut se lire comme le chapitre d’un roman, cultivant son vocabulaire esthétique, sensoriel, qui ne trahit rien des défis techniques (parfois des doutes), qui ont précédés le résultat : du rideau en plâtre laqué, comme figé dans le temps, aux dégradés muraux du séjour se muant en plafond, lui-même métamorphosé en luminaire.

Les meubles dessinés sur-mesure, de concert avec l’architecture d’intérieur, sont un mélange d’élégance discrète et avant-gardiste. Un équilibre subtile rendu possible par l’excellence des savoir-faire artisanaux rassemblés.

Il s’agit d’un subtil travail de composition et d’harmonie, une proposition à la fois sobre, discrète et inattendue, par endroit volontairement déroutante… Dans le salon, une déclinaison de mobiliers, conçus pour les lieux, encercle une table basse laquée en hémisphère, sur-mesure toujours ; dans le dressing, pièce charnière entre la salle à manger, la salle de bain et le long couloir qui conduit à la cuisine, les dalles de parquet en bois se transforment en dalles blanches gravées, recouvertes d’une fine couche de résine brillante transparente pour desservir les espaces d’eau. La salle de bain, en marbre Calacatta, abrite de grands miroirs, conçus sur mesure, et gravés partiellement au sable, tout en conservant sur les contours la transparence originale du verre. Sur le miroir en coin, une reproduction sérigraphiée du Sommeil des amours de François Boucher, comme une résurgence du sensible dans cet espace minéral, hors du temps.

En descendant par le salon à l’étage inférieur donnant sur le jardin, l’atmosphère se colore. Aux murs, des tableaux hollandais sérigraphiés sur du bois, mis en relief par des moulures feuilletées, en plâtre verni, dissimulent un secrétaire, ou un garde-valises. Cheminée et télévision se partagent un grand cadre sculpté et se dissimulent derrière son miroir tranché. Ouverte sur le salon, la chambre de cette petite suite dédiée aux invités est calfeutrée par d’épais panneaux muraux capitonnés. Ses deux tables de chevet, en bois moulé, ont elles aussi été dessinées par le designer.

Ce projet est la preuve s’il en faut que l’univers des arts décoratifs s’inscrit aujourd’hui encore dans une histoire en devenir. Concevoir un appartement peut donner lieu à une création totale, dans laquelle chaque pièce, chaque objet, chaque détail est pensé, dessiné, fabriqué pour ne faire qu’un seul et même ensemble, harmonieux et exclusif.

Entreprises et artisans :

Au Gré du Verre / Yk Creations / Groupe Rinck / Stéphane Corler sarl / LAVAL / Parquets Briatte / Stickerei Müller / Marbrerie des Deux Communes.


Tai Ping Paris


Conception de l'identité spatiale et du mobilier
de la Maison Tai Ping, à l'Hôtel de Livry, 2012
Photographies : Hélene Hilaire et Eric Laignel

En septembre 2011, je m’apprête à regagner Paris, après une année passée hors du temps, dans les jardins de la Villa Médicis. Il me fallait inventer de nouveaux rêves, de nouvelles envies, loin de cette prison dorée dans laquelle j’ai scruté archives, inventaires et mobiliers, à la recherche d’une mémoire collective endormie.

Le coup de téléphone de Catherine Verges, directrice de Tai Ping France, pour me proposer de repenser l’identité spatiale de la marque, venait donc à point nommé. J’avais déjà collaboré avec Tai Ping pour la réalisation de plusieurs tapis lorsque je travaillais avec Patrick Jouin. Mais je n’avais pas pour autant perçu l’ampleur de l’entreprise, ni l’étendue de ses savoir-faire, et encore moins son histoire, si singulière. Lors de mes premières rencontres avec l’équipe parisienne, j’appris la vie de cette famille juive irakienne qui, dans les années cinquante, immigra en Chine, après avoir traversé l’Inde puis l’Angleterre, pour s’établir finalement à Hong Kong durant la révolution culturelle, et y monter un atelier artisanal de tapis.

Je découvris l’existence du pistolet à tufter, l’invention de la famille Kadoorie – toujours propriétaire de la maison – qui révolutionna la fabrication des tapis et permis l’essor de la manufacture à l’international. Et après quelques décennies, Tai Ping est devenue la première marque de luxe chinoise présente en Occident. Je ne pouvais imaginer que cette entreprise de 4 000 âmes en comptait une quarantaine en France, dont une dizaine de designers intégrés, qui s’affairent au suivi des tapis réalisés sur mesure, à près de 10 000 km de là, au sud de Shanghai. Pour leur nouvelle adresse parisienne, au cœur du quartier de Saint-Germain-Des-Prés, je souhaitais donc naturellement relater tout cela, sans pour autant occulter la principale mission que l’on souhaitait concéder au lieu : accueillir les créateurs et leur clients, stimuler leur créativité, et les accompagner tout au long de leurs projets. Il ne s’agissait donc pas de concevoir un énième showroom, comme il en existe des dizaines dans le quartier, mais plutôt un espace de vie, dans lequel chaque composant participerait, par sa présence ou sa fonction, à forger l’identité et la mission de l’entreprise. Un lieu sur mesure, pour des projets sur mesure. Vendre un savoir-faire d’exception, un patrimoine, cela nécessite une forte dimension narrative, que j’ai souhaité apporter à l’environnement, au mobilier, et aux outils de travail. Et l’on ne peut exprimer l’identité de Tai Ping sans évoquer ses origines, de même que les liens qu’elle a tissé avec l’Occident bien avant l’arrivée des sociétés étrangères en Chine. Il semble encore aujourd’hui peu probable qu’une entreprise chinoise s’implante en Europe pour vendre une prestation haut de gamme, sans qu’elle n’attire sur elle la méfiance.

Le marché du luxe ne se déplace encore qu’a sens unique, et cela nous parait naturel, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Au siècle des Lumières, l’exotisme bat son plein, et ce sont les yeux de l’Occident qui sont rivés sur l’Asie et ses trésors. Les étoffes, épices, porcelaines venues de Chine grâce à la route de la soie provoquent un émerveillement sans limite, et stimulent l’imagination collective. Étudiés et copiés, ces objets déclenchent des recherches passionnées, pour percer notamment le secret de la porcelaine. La compétition fait rage. La copie devient pratique courante, et pour court-circuiter le marché asiatique, l’on adapte en France, comme en Angleterre, les formes et motifs orientaux au goût occidental, provoquant rapidement des mélanges surprenants où singes et dragons se mêlent subtilement avec vaches et moutons. Ces croisements culturels ont forgé un pan entier de l’histoire de l’art. Ils ont contribué à une évolution générale des savoir-faire, née de l’émulation collective, et de l’apprentissage par l’autre et l’ailleurs. Alors pourquoi ne pas relier cette période, d’ouverture au monde et d’essor des moyens de communication, à la nôtre, sorte d’apothéose dans ces domaines ? Ce fut en tout cas mon axe de réflexion pour mettre en forme une identité commune à l’hôtel particulier de Livry et son nouvel hôte chinois. Lors de mes recherches sur les chinoiseries françaises, je découvris un recueil de dessins, réalisé par un artiste de la cour de Chantilly, et tombé depuis dans l’oubli. Inspirées des décors asiatiques, ses aquarelles, d’une incroyable force plastique, anticipent par moment de deux siècles l’expressionnisme abstrait américain. Je choisis de faire de ces motifs la base d’inspiration pour la création des tapis de la nouvelle maison Tai Ping. Ces œuvres hybrides, une fois revisitées par nos soins, prirent le chemin de la manufacture de Nanhai, pour une ultime interprétation de l’artisan chinois muni de son pistolet à tufter, avant de revenir en France sous forme de tapis de soie et de laine. Ils recouvrent aujourd’hui les vieux parquets de l’Hôtel de Livry, telle une fine pellicule de mémoire, sur laquelle murissent chaque jour de nouvelles idées.

Oyster Bar


pour la Jeune Rue

The Thread


Interface collaborative conçue pour Tai Ping
développée par Louis-Jean Teitelbaum

L’interface numérique Thread a été conçue dans le but de créer une nouvelle forme de collaboration entre Tai Ping et ses clients – designers ou décorateurs. Conçue comme l’extension virtuelle du showroom, cette application permet à ses utilisateurs d’organiser leurs documents, de les partager et les distribuer durant le projet, de la phase de conception au développement, jusqu’à la production des tapis. Ainsi, toutes les informations et images relatives au projet sont échangées et partagées dans cette mémoire virtuelle accessible en ligne par tous les membres de l’équipe, ce qui devient, à la fin du projet, un registre précieux et nécessaires pour les futures collaborations,

Thread contient également une bibliothèque virtuelle permettant à ses utilisateurs de découvrir les techniques, les matériaux et les couleurs à intégrer à leurs projets.

Disponible en Juin 2013.

De Livry à Hong-Kong,
à la croisée des chemins


Exposition et scénographie conçue pour Tai Ping lors des Designer's Days 2012

« Autrefois, c’était de l’Orient que descendaient, comme d’un centre de lumière, vers les régions obscures de l’Occident, les religions, les sciences, les arts, toutes les sagesses et toutes les poésies. » Théophile Gautier, 1882.

Ramy Fischler propose à l’occasion des Designer’s Days 2012 ayant pour thème Identités, une intervention sur la question des Chinoiseries. Une évidence, pour parler d’une manufacture artisanale d’origine chinoise s’installant dans un hôtel particulier parisien du XVIIIème siècle. Il signe donc les tapis de la nouvelle maison - en collaboration avec la créatrice textile Heidi Winge Strom - dans une scénographie originale dédiée à cette période inédite de rapprochement entre l’Orient et l’Occident.

Les « chinoiseries » sont des objets d'art d’inspiration exotique, souvent extrême- orientaliste, dont l’attrait s’est développé en Occident au XVIIIe siècle. Le sujet de ces porcelaines, laques ou autres tapisseries, est souvent celui d’un Orient rêvé, valorisé par des détails techniques extrêmement sophistiqués. Ce goût pour l’ailleurs est doublé d’une grande rivalité économique et technologique, donnant lieu à une forme de protectionnisme et de compétitivité industrielle. En France, cela donnera naissance aux Manufactures Royales, de tissage, de faïence et de laque qui produiront pendant près d’un siècle et demi des milliers d’objets copiés d’Asie, pour contrer l’importation. Le designer voit à travers cette pratique et son contexte historique d’étonnantes similitudes avec certains enjeux actuels, comme l’émergence d’une forme de mondialisation. On peut aussi prêter à cet engouement des résonances philosophiques humanistes liées au siècle des Lumières et de l’Encyclopédie : pourquoi ne pas voir dans ce goût pour l’Ailleurs un souci d’émancipation, propice à la découverte et au progrès ? C’est dans cette pluralité de sens que Ramy Fischler y a porté intérêt, et propose un évènement ouvert au public et à l’échange pour partager ces enjeux de design. Entre les tapis réalisés en complicité avec la marque, l’exposition de pièces anciennes, l’installation vidéo et sonore, et la prise de parole historique, cette intervention protéiforme ressemble à une histoire des objets en marche, portée par un designer à la démarche très singulière.

UNE REFLEXION CONTINUE

Lors de son passage à la Villa Médicis, en 2010-2011, Ramy Fischler avait pu profiter de ce temps de suspension pour développer une forme très particulière de pratique. Sa recherche portait sur la formalisation du discours d’accueil au sein de l’institution : scrutant les objets de la Villa, les inventaires et les archives, il en extirpait l’essence de leur présence et de leur fonction. Il tentait ensuite d’en révéler les enjeux au grand public grâce à plusieurs scénographies, dispositifs pédagogiques et autres installations sonores et spatiales, assumant pleinement son rôle de designer : révéler le sens des choses. Dans une continuité de réflexion, c’est la question des Chinoiseries qui l’intrigue aujourd’hui. Travaillant pour une grande maison chinoise, qui a su muter et s’adapter à travers le temps, notamment en se développant sur le marché occidental, Ramy Fischler a établi des ponts entre cette histoire particulière et l’Histoire.

Les Chinoiseries étaient au XVIIIème siècle un motif d’exotisme. Les étoffes, épices, porcelaines venues de Chine à grâce à la route de la soie provoquaient de la part des occidentaux un émerveillement sans limite, et stimulaient leur imagination. Étudiés et copiés, ces objets déclenchèrent des recherches passionnées, notamment pour percer le secret de la recette de la porcelaine : le mélange de kaolin et d’argile. Petit-à-petit, les créateurs de ces merveilles orientales adaptèrent les formes et motifs au goût occidental, provoquant rapidement des mélanges surprenants où singes et dragons se mêlaient avec délicatesse avec vaches et moutons, créant des croisements culturels très riches : des merveilles en Orient, comme en Occident. Comment ne pas relier cette histoire des objets et des décors au contexte historique du siècle des Lumières, une phase d’essor et de curiosité, d’ouverture au monde ? Pour Ramy Fischler, salons chinois, estampes japonaises et autres chambres tendues d’Indiennes ont contribué à une évolution générale des savoir-faire, née de l’émulation collective, et de l’apprentissage par l’autre et l’ailleurs. Pourquoi ne pas relier cette période, d’ouverture au monde et d’essor des moyens de communication, à la nôtre, sorte d’apothéose dans ces domaines ?

C’est ainsi que Ramy Fischler a voulu célébrer cette période, emblème du croisement des cultures, de la réappropriation créative et générative. Etudiant de près un recueil de magnifiques dessins de Jean-Antoine Fraisse inspirés de la Chine, des Indes et du Japon, il découvre des détails d’une incroyable force plastique, anticipant presque de deux siècles l’expressionisme abstrait américain ! Remarquant qu’au XVIIIème siècle, la vision de l’espace cartésienne propre au Lumières avait été bousculée par celle diffusée dans les estampes de l’époque, il propose d’en faire la clef de voûte du projet. Agrandissant certaines zones très précises de paysages vaporeux, il développe un motif semi-abstrait déployé sur les tapis de la nouvelle maison Tai Ping. Grâce aux savoir-faire des manufactures, ces tapis alliant un tissage Axminster et le très précis procédé hand-tuft permettent au visiteur, déambulant dans ces espaces, d’explorer les merveilleuses pépites graphiques de ces chinoiseries.

CHINOISERIES 2.0

Ramy Fischler, en rejouant à sa manière le créateur inspiré par les merveilles d’Orient, prolonge donc cette démarche d’émancipation, exposant sa vision de l’entreprise Tai Ping, savante et généreuse, basée sur l’échange de savoir avec ses collaborateurs. Mais au-delà d’une répétition de l’Histoire, il développe une pratique riche et étoffée à travers son intervention. Car en plus des tapis qu’il a créés sur ce thème, le designer déploie un évènement mêlant exposition d’objets anciens, interventions d’historiens, installations multimédia. Une vidéo donnera à voir l’histoire du projet, de l’inspiration initiale grâce aux dessins originaux de Jean-Antoine Fraisse conservés à la BnF, à la réalisation des tapis dans les manufactures en Chine. Comme à la Villa Médicis, le designer a travaillé sur la médiation par le biais sensible du son : une création sonore sera composée pour l’occasion par Tal Hadad, autour de compositeurs orientalistes du XVIIIème siècle et de paroles d’inventeurs : une autre manière de révéler les ponts artistiques entre l’Orient et l’Occident. Ramy Fischler tente par là-même de tracer des parallèles entre différentes disciplines artistiques, pour inciter des réflexions, dynamiques ou actions communes.

Relier les choses, tisser des liens, susciter une réflexion transversale, c’est par cette pratique très inhabituelle et porteuse de sens que Ramy Fischler répond à l’invitation couplée des Designer’s Days et de la Maison Tai Ping. Révélant de multiples enjeux, ouvrant des champs de réflexion, il profite également de cet évènement pour accompagner la dynamique humaniste de Tai Ping, accueillant évènements et expositions temporaires dédiées au partage des connaissances, ponctuant l’activité créatrice de la marque. Une force nécessaire et novatrice dans ce cadre, et encore une fois visionnaire. 


Tour CMA-CGM


Conception des espaces et mobiliers
de l'étage de direction de la tour en collaboration
avec l'agence Grenot, Marseille, 2009-2010

Objets Trouvés


Projet de recherche et exposition conçue à la Villa Médicis, Rome, 2010-2011

A la Villa Médicis, Ramy Fischler se consacre à l’étude des objets et des espaces destinés à accueillir les pensionnaires et les publics, ainsi qu’aux phénomènes d’interaction générés par le croisement des différentes missions culturelles de l’Académie. Cette problématique en constante mutation soulève de nombreuses questions de fond comme de forme dans la vie de l’institution. Une partie des réponses ne se trouvera que dans les traces du passé, dans la mémoire enfouie des lieux et des choses qui se chevauchent, se juxtaposent, se stratifient années après années.

Le dispositif conçu par Ramy Fischler s’appuie sur l’ensemble des documents écrits, des images et des objets trouvés en scrutant la Villa, ses réserves, ses archives et ses inventaires. Muni d’un baladeur et d’une carte, le visiteur arpente les jardins et découvre, par les fenêtres des ateliers qui jalonnent les allées, des objets et des meubles faisant partie du paysage quotidien de la Villa mais qui prennent un autre sens à l’écoute de ces récits inédits. Si cet éclairage donne un nouveau relief à leur histoire et à leur provenance, il témoigne surtout du rôle et du statut affectif, symbolique ou politique que chaque objet a tenu ou tient encore au sein de l’institution. Une façon de décaler le point de vue sur ce patrimoine singulier, garant de l’histoire de l’Académie et pourtant « condamné » à se développer, à se reconstruire pour servir ce lieu de vie et de création.


Poussin et Moïse


Scénographie de l'exposition dédiée aux tapisseries
issues des oeuvres de Nicolas Poussin,
Villa Medicis, Rome, 2011

Quelques mois après l’arrivée de Ramy Fischler à la Villa Médicis, la mission Malraux prépare l’exposition des tapisseries de Nicolas Poussin, réalisées après la mort du peintre à partir de ses œuvres inspirées de la vie de Moïse. Le designer choisit de s’impliquer dans ce projet en concevant la scénographie de l’exposition, vivier d’expérimentations idéal pour appréhender la question de l’accueil et, dans tous les sens du terme, du sens de la visite à la Villa. Des préoccupations au cœur de sa recherche à Rome.

L’exposition peut être un moyen d’expérimenter, en marge du sujet principal que sont les tapisseries, comment réunir l’histoire des artistes pensionnaires, des manufactures royales, et de l’académie en un dispositif d’accueil dédié aux visiteurs.

Le dispositif scénographique

Sur les supports qu’il a créés, Ramy Fischler propose du lien et du sens dans l’interstice laissé entre deux institutions qui vivent sous le même toit mais qui ne communiquent pas (l’organisation d’événements et d’expositions n’entrant jamais en résonance avec l’accueil des pensionnaires).

Mise à distance / Les fils de laine

Ininterrompus du début à la fin du parcours, les fils de laines génèrent une continuité entre les différentes pièces de l’exposition et créent un lien avec l’édifice. Une manière d'exprimer l'affiliation du sujet traité avec les autres missions qu’abrite la Villa.

Grâce à ce traitement délicat, qui permet au public d’observer les couleurs à peine discernables dans les tapisseries tant le tissage est fin et subtil, le dispositif contraignant de la mise à distance ne perturbe pas la lecture de l’exposition. Au contraire, les fils de laine expriment une connivence avec les œuvres.

Les lutrins

Ces mobiliers présentoirs en tôle pliée qui ponctuent et rythment les différentes salles de l'exposition contiennent un texte explicatif ainsi qu’un carnet d'images. Chaque carnet illustre un point de vue d'historien sur les œuvres exposées. Des clefs de lecture y sont données pour appréhender les associations, les ressemblances ou les oppositions à déceler entre dessins, peintures et tapisseries de même thématique.

Les fanzines

Le format fanzine a permis à Ramy Fischler de rassembler le fruit de ses investigations en les faisant dialoguer avec une sélection d'ouvrages de la bibliothèque de la Villa (réservée aux chercheurs et aux pensionnaires), photographiés et imprimés en noir et blanc sur un papier journal. Autant d’éléments d’enquête à partir desquels il a construit des récits, tissé des liens, croisé des destinées que seule la Villa et Poussin ne pouvaient unir. Ils forment, chacun à leur manière, un fragment d’Histoire de France, perché sur la colline du Pincio.

Les greffes de table

C’est par la cafétéria que les visiteurs de l’exposition pénètrent dans le jardin pour prolonger leur parcours. Ce point de passage obligé a donné l’occasion à Ramy de travailler sur un des innombrables lieux où la moindre intervention doit être légitimée. Pourquoi certaines choses perdurent ? Pourquoi d’autres disparaissent ? 
Le fait qu’il n’y ait pas de place pour la discussion ou le consensus sur ces questions montre une absence de choix. Les greffes de table sont tout sauf un objet manifeste. 

Regards sur les Ghettos


Mémorial de la Shoah, Paris

L’invasion de la Pologne en septembre 1939 marque le début de la Seconde Guerre mondiale. Dans les territoires annexés à l’Est, l’armée allemande rassemble les habitants juifs dans des ghettos très vite surpeuplés et insalubres. Première étape du processus génocidaire de la population juive d’Europe centrale, les ghettos sont liquidés en 1942-1943 et leur population conduite vers les centres de mise à mort.
Le processus d’extermination mis en place dans le plus grand secret par les autorités nazies est dans cette première étape paradoxalement bien documenté visuellement : entre 15 000 et 20 000 photographies ont été prises dans les ghettos pendant la Seconde Guerre mondiale. Que sont ces images ? Propagande ? Témoignage ? Résistance ? Dénonciation pour l’Histoire ?
Les réponses sont en partie données par le contexte de leur réalisation et les personnalités de leurs auteurs.
À travers une sélection de photographies peu connues issues de collections conservées de par le monde, prises dans différents ghettos (en dehors des grands ghettos comme Varsovie, Lodz ou Kaunas, plus de 400 autres ghettos existèrent), l’exposition propose une lecture analytique et historique des photographies et, à travers elles, retrace une histoire de ce que furent l’enfermement et la mort lente de plusieurs centaines de milliers de Juifs dans les ghettos.

L'accueil au Palais de Tokyo


Etude sur les dispositifs dédiés à l'accueil et l'orientation
des visiteurs au sein du Palais / en collaboration avec
Alexandre Mussche et Xavier Figuerola / Paris, 2012

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